Médoc - N°96 - Octobre/Novembre 2009

Livres

«Myléna en avait assez. Je n'ai pas attendu qu'elle me largue, c'est moi qui suis parti. Au bord de l'océan, pour en finir. Quand j'ai repris pied sur le rivage, j'étais dessoûlé, nu comme une bête et ne possédais plus rien. Passé un rideau de pins, on voyait des vignes. J'y ai trouvé un emploi d'ouvrier agricole. Franck ne m'a pas épargné, avec lui on ne prend guère de gants. Les mains deviennent comme des pelotes d'aiguilles. J'ai continué à boire. J'ai appris cependant à travailler sans relever la tête. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui, s'il y a un espoir au bout. Le mien était de regarder mes enfants en face. Et de reconquérir ma belle.»
Telle est la prière d'insérer du dernier roman d'Eric Holder. Forcément réductrice. car l'histoire de cet écrivain, rongé par l'alcool, qui choisit un travail manuel éreintant comme thérapie, est transcendée par une écriture épurée, comme toujours chez Holder, et cette fois dépouillée à l'extrême. Trop peut-être aux yeux de certains qui craignent que l'écrivain – par abus de style en quelque sorte – ne déroute le lecteur et le laisse au seuil des émotions. Crainte qui s'efface à la lecture de la lettre que l'écrivain adresse à sa fille, un morceau d'anthologie bouleversant, qui à lui seul, oblige à garder Bella ciao sur une étagère, à portée de main.
C'est devenu une habitude. Eric Holder, dont l'œuvre a été récompensée par de nombreux prix littéraires mais jamais couronnée par les plus «grands», comme le Goncourt, le Renaudot, le Fémina ou le Médicis, figure encore, cette année, avec Bella Ciao dans la deuxième sélection (huit romans français) du Fémina, qui sera décerné le 9 novembre. Il avait aussi figuré dans la première sélection du Médicis, mais s'est trouvé exclu de la seconde sélection. C'est ainsi : les membres des jurys, bien qu'ils soient prisonniers des intrigues commerciales des maisons d'édition, sont malgré tout des amoureux de la littérature qui admirent Holder, l'un des plus brillants stylistes français. Mais ils ne sont pas encore certains de devoir le recommander au «grand public»...

Bella ciao, Eric Holder, Seuil, 147 pages, 16 €



Les femmes ont toujours aimé le vin. Excellentes ambassadrices de leurs vignobles et de leur vin, œnophiles et dégustatrices confirmées et petit à petit remarquables viticultrices, elles ont su exprimer leur goût et leur connaissance du vin. Au fil des pages de ce livre, le lecteur croise des paysannes et des bourgeoises, des nonnes et des prostituées, des femmes du monde et des courtisanes, des sommelières et des vigneronnes, des journalistes et des prêtresses, des ménades et des ambassadrices du vin. Des anonymes et des célébrités qui toutes ont aimé et aiment le vin. Les femmes et le vin ! Deux sujets qui font couler beaucoup d’encre, gloser interminablement et parfois dresser hommes et femmes les uns contre les autres. De servante d’auberge à sommelière, du verre d’eau rougie aux jurys de dégustations, de vendangeuse à viticultrice, il en a fallu des audaces, des folies, de la constance pour réussir et se faire reconnaître dans ce monde très masculin. Il n’est plus question de guerre des sexes à l’aube du xxie siècle, mais d’un plaisir partagé autour d’une boisson pas comme les autres, qui assemble dans un verre culture, convivialité, plaisirs, et passions.

Les femmes et l’amour du vin, Ségolène Lefèvre, Ed. Féret, 184 pages, 19 €



Voici le premier roman œnotouristique de l’histoire ! Bertrand, jeune professeur à la faculté de Dijon, et son amie Audrey, étudiante en botanique et amoureuse de vins, sont en quête d’évasion. Ils décident, l’espace d’un été, de mettre les voiles pour un vignoble au climat généreux. Le hasard désigne les Côtes de Bourg dans le Sud-Ouest. Partis pour se distraire et visiter la région, Audrey et Bertrand ne sont pas au bout de leurs surprises et de leurs découvertes… Mais est-ce vraiment le hasard qui les a conduits dans ces vignes ? Les pérégrinations de ces deux personnages entraînent le lecteur au cœur de l’histoire des Côtes de Bourg, ses batailles, ses trésors, ses célébrités, ses légendes…

Verticale, Jean-Charles Chapuzet, Ed. Féret, 160 pages, 16 €



A la veille de fêter ses 20 ans, le Festin s’offre une toute nouvelle formule avec une maquette plus vivante, des rubriques et chroniques inédites et une mise à l’honneur de l’actualité culturelle en Aquitaine. A l’occasion des Journées du patrimoine, les 19 et 20 septembre, il a dédié son numéro d’automne aux demeures d’exception ouvrant les portes de décors exceptionnels, jusqu’ici seulement réservés à de rares privilégiés. D’époques et de styles variés, ils ont en commun de tous déployer le récit d’une inspiration, d’une vision, d’un rêve : celui de leurs inventeurs ou de leurs restaurateurs. Dans les Landes, le château du Castéra offre ainsi mille facettes entre tradition et modernité, convention et décalage, force et finesse. En Béarn, l’étoile d’Orion, gentilhommière traditionnelle rachetée en 2003 par un couple de Munichois qui a eu à cœur de la restaurer dans l’esprit d’origine, est tirée de son assoupissement. Aujourd’hui, ouverte au public avec des chambres d’hôtes de grand confort, elle a retrouvé son éclat grâce à l’organisation de manifestations variées (rencontres littéraires, séminaires thématiques….).
Ce numéro fait aussi la part belle à Didier Fiuza Faustino, qui a reçu les clés de la ville de Bordeaux pour imaginer une fête urbaine, érudite et populaire. Et le magazine n’a pas hésité à faire le voyage du Lot-et-Garonne à New York pour dresser le portrait de l’artiste Pierre Clerk. Enfin, le Festin fait escale à Biarritz où il a rencontré le chorégraphe Thierry Malandain, figure de proue du Ballet de Biarritz depuis 1998, et le Théâtre du Versant, la compagnie de Gaël Rabas qui fête ses 30 ans entre commedia dell’arte et spectacles nomades.

Le Festin n° 71, 112 pages, 10,50 €

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