Médoc - N°91 - Décembre/Janvier 2008

Qui sème le vent…

Plusieurs communes côtières sont concernées par des projets d’implantation d’éoliennes. Alors que la diversification énergétique est devenue une nécessité, on aurait pu croire qu’ils remporteraient une vive adhésion. Mais au contraire, le sujet divise une fois de plus le Médoc.

 

med91-4.jpgPour un peu, le projet d’implantation d’un terminal méthanier au Verdon serait relégué au second plan. Depuis quelques semaines, c’est un tout autre sujet qui agite le Médoc : les éoliennes. Aucune n’y est encore installée, pas plus que dans le département ni même dans la région. Mais l’annonce de plusieurs projets d’implantations de rotors sur différentes communes côtières a déclenché une vive polémique. Alors que certains se réjouissent de participer à la diversification énergétique du pays¹ et d’encaisser les subsides découlant de ce genre d’installation, d’autres crient au scandale et au massacre des paysages naturels de la presqu’île.

Il est vrai que depuis quelques mois l’éventualité de voir apparaître des aérogénérateurs dans le Médoc semble se préciser. Outre le projet bien engagé de Naujac-sur-Mer (JdP n° 89), Valorem ne cache pas ses ambitions sur le territoire. Installé à Bègles, ce bureau d’études sur les énergies renouvelables et producteur d’électricité verte a annoncé, coup sur coup, son intention d’étudier le potentiel éolien d’Hourtin, du Porge et du Verdon². Mais la société girondine n’est pas la seule sur les rangs. L’entreprise Eneria, filiale du groupe Monnoyeur et spécialiste de la production d’énergie et de la motorisation, a elle aussi quelques projets en réserve. «Nous travaillons depuis deux ans sur des implantations dans le Médoc, confirme Pierre Dispan de Floran, chargé du développement éolien pour le sud-ouest de la France. A Vendays-Montalivet et à Grayan-et-l’Hôpital, ce sont des propriétaires fonciers qui nous ont contactés pour étudier des projets de faisabilité. Au Verdon-sur-Mer, nous travaillons, avec d’autres partenaires, sur le projet de la commune de développer un parc éolien (lire en page 18)

Au niveau national, la cote de l’éolien est plutôt au beau fixe. Le dernier sondage de l’institut BVA pour l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), réalisé en juillet dernier, indique que 79 % des Français seraient favorables à l’implantation d’éoliennes dans leur région. 62 % ne verraient d’ailleurs pas d’inconvénient à ce qu’elles soient installées à moins d’un kilomètre de chez eux. Mais en Médoc, ce sont les voix des anti qu’on entend le plus fort. Après le communiqué très critique publié par Vive la forêt au lendemain de la réunion publique de présentation du projet naujacais (JdP n° 89), Henri Sabarot, maire de Carcans et président de la fédération des chasseurs de Gironde, a fait publier, fin octobre, une tribune libre intitulée «Non au gaz et aux éoliennes en Médoc» dans Sud-Ouest et Le Journal du Médoc. Le mouvement CPNT (chasse, pêche, nature et tradition), par la voix de son secrétaire général Eddie Puyjalon, dénonce pour sa part la «fourberie écologique véhiculée par les pro éoliens et la mouvance écolo verte» sur un site Internet (http://eolienaquitaine.free.fr) fustigeant les projets de Naujac et du Verdon. Dernier en date, le puissant syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest met en garde ses adhérents contre les sirènes de l’éolien, craignant de voir les pales supplanter les pins dans le plus grand massif forestier cultivé d’Europe.

Ce front de contestation n’est pas sans inquiéter les porteurs de projets. «Il est toujours délicat d’avoir de l’opposition», reconnaît Vincent Vignon, chef de projet pour Valorem. Surtout quand cette opposition émane d’élus. En effet, les parcs éoliens ne peuvent bénéficier d’un rachat de l’électricité par EDF que s’ils sont situés sur une zone de développement de l’éolien (ZDE). Ces périmètres géographiques sont définis en tenant compte du potentiel éolien de la zone, des possibilités de raccordement aux réseaux électriques et de la protection des paysages, des monuments historiques, des sites remarquables et protégés. Si une ZDE est instaurée par un arrêté préfectoral, elle ne peut être proposée que par une commune ou une communauté de communes. Le positionnement des élus sur ce sujet est donc décisif.

Pierre Dispan de Floran souligne donc la nécessité d’une «concertation maximale» pour faire aboutir les projets. «Nous ne voulons surtout pas passer en force, mais réfuter quelques contrevérités. Il y a une véritable méconnaissance de l’éolien qui conduit parfois à des réactions épidermiques.» Vincent Vignon confirme. «Nous ne sommes jamais fermés à la discussion avec les opposants. Mais encore faut-il qu’ils aient des arguments et qu’ils proposent des alternatives. C’est très bien de vouloir des maisons toujours plus grandes, équipées de tout le confort : lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle, télé dans chaque pièce… Mais tout cela nécessite de l’électricité et une des solutions d’avenir pour en fournir passe par les éoliennes. On leur reproche souvent d’être trop visibles et c’est certainement là que réside le problème. Elles rappellent tous les jours aux hommes qu’ils ont un impact sur leur environnement.»

 

¹ L’Union européenne s’est fixé comme objectif pour 2020 de parvenir à 20 % d’énergies renouvelables dans sa consommation.

² C’est déjà ce cabinet qui avait réalisé, à la demande de la commune, une étude de faisabilité au Verdon en 1994. Si le site avait été jugé intéressant, les matériels disponibles à l’époque n’étaient pas assez performants pour offrir un rendement suffisant. En 2005, la société était revenue à la charge proposant de réaliser une étude d’impact pour la mise en place de trois ou quatre éoliennes. Si la commune y avait émis un avis favorable, la communauté de communes s’y était par contre opposée, estimant que cela aurait pu nuire au cadre de vie (JdP n° 68).

 

Légende photo :

Déjà développeur de parcs éoliens, comme ici à Chicheboville (Calvados), Valorem aimerait maintenant implanter des aérogénérateurs dans le Médoc.


Une longue procédure

 

Installer un parc éolien est un travail de longue haleine. «Ce n’est pas pour rien que nous travaillons depuis deux ans dans le Médoc», sourit Pierre Dispan de Floran, chargé du développement éolien pour le sud-ouest de la France chez Eneria. Selon Vincent Vignon, chef de projet pour Valorem, il faut en fait «entre cinq et sept ans» avant de voir un projet aboutir. La première tâche consiste à trouver des sites propices à la fois en terme technique mais aussi en ce qui concerne l’acceptation du projet par les habitants et les élus. Vient ensuite l’étude de faisabilité. Elle se traduit par l’implantation d’un mât de mesure qui détermine avec précision le potentiel éolien de la zone. Les aspects environnementaux sont également étudiés (présence d’oiseaux, de chauves-souris…). Si le porteur de projet estime que les conditions sont favorables et sous réserve qu’il soit en ZDE (zone de développement de l’éolien), il dépose un dossier d’étude d’impact et de permis de construire (les éoliennes supérieures ou égales à douze mètres de haut y sont soumises). «Près de 25 service de l’Etat donnent leur avis sur le sujet.» La commission des sites est également consultée, tout comme la population au travers d’une enquête publique, obligatoire pour les éoliennes dont le mât est supérieur à cinquante mètres. «Entre les études et les démarches administratives, quatre à cinq ans sont déjà passés.» Il faut ensuite compter environ deux ans (travaux de raccordement au réseau, installation des machines…) avant l’exploitation définitive du site.


Pour au Nord, contre au Sud

 

Ce sont les élus qui décident de proposer (ou non) au préfet la création d’une zone de développement de l’éolien sur leur territoire. Il est donc intéressant de connaître l'avis des maires sur le sujet.

 

A Lacanau, où à ce jour aucun projet éolien ne pointe le bout de sa pale, Jean-Michel David ne cache pas une certaine «hostilité» à ce genre de machines. Elles représentent à ses yeux une «agression» vis-à-vis du massif forestier et des paysages. Par ailleurs, il «attend des réponses scientifiques» sur l’intérêt de telles implantations compte tenu du niveau et de la force des vents enregistrés dans la région.

A Carcans, Henri Sabarot se déclare clairement «contre les éoliennes implantées dans le Médoc». Lui aussi veut «préserver la qualité environnementale et la nature de ce genre d’installation qui banaliserait et défigurerait un paysage exceptionnel». Il doute par ailleurs de la longévité de «cette stratégie financière» y préférant de loin «la diversification de la production énergétique par la biomasse et le solaire».

Le maire d’Houtin, Christophe Birot, n’est pas un fervent partisan de l’éolien, sans en être non plus un farouche détracteur. Sollicité par Valorem, il a catégoriquement refusé l’installation d’aérogénérateurs dans le massif forestier dunaire, mais ne s’est pas opposé à des études préliminaires sur des parcelles situées plus à l’intérieur des terres. Le conseil municipal a d’ailleurs autorisé la société à implanter un mât de mesure... quelques jours avant la publication de la tribune libre de Henri Sabarot dans le quotidien et l’hebdomadaire local. «Vu la réaction de mes partenaires de la communauté de communes, il est probable que nous n’irons pas plus loin...»

La position de Jean-Bernard Dufourd à Naujac contraste sans surprise avec celle de ses voisins. Même si dans le projet de Valorem, «ce sont les Naujacais qui auront le maître mot lors de l’enquête publique», il ne désespère pas de voir sa commune devenir «la première d’Aquitaine» à porter des éoliennes. Il y voit «une alternative au tout nucléaire, une source de retombées financières et une petite attraction touristique potentielle».

Michel Bibey, à Vendays-Montalivet, se dit «pour les énergies renouvelables» mais avec une préférence pour «le solaire et la biomasse». D’après lui, les éoliennes sont «très peu productives et ont une durée de vie limitée dans le temps», en plus d’être «peu esthétiques». Reste que l’élu proposera un débat sur le sujet lors d’un prochain conseil municipal. «Nous l’avions déjà fait il y a quelques années, et le conseil municipal s’était prononcé contre, mais aujourd’hui je ne sais pas quelle position il adoptera

A Grayan-et-l’Hôpital, Serge Laporte est «favorable à l’implantation d’éoliennes, mais pas n’importe où». Il précise que c’est au Scot (schéma de cohérence territoriale) de la Pointe du Médoc de définir les zones de développement de l’éolien. Quant à l’exigence d’un permis de construire et d’une étude d’impact qui s’y ajoutent, ils sont les garants du respect des «règles de protection de la santé mais aussi de la flore, de la faune et du paysage».

Le maire soulacais, Xavier Pintat, est favorable aux énergies renouvelables «dont les éoliennes font partie mais qui n’en sont qu’un exemple». Implantées avec parcimonie, l’élu n’y voit pas d’inconvénient. Mais il reste un fervent défenseur de l’idée d’un «grand pôle d’énergies renouvelables au Verdon» mêlant air, soleil, énergie des vagues et bien sûr éolien.

Enfin, sans surprise, Jacques Bidalun au Verdon est pour les éoliennes «comme en témoigne la décision du conseil municipal d’implanter un parc éolien sur la zone industrialo-portuaire du Verdon» (lire en page 18). Selon lui, «le site s’y prête» en offrant de l’espace et en étant assez éloigné des habitations. «De plus, ce genre d’équipement est fortement rémunérateur. Il rapportera à la fois de la taxe professionnelle et de la taxe foncière. Enfin, c’est intéressant d’un point de vue écologique : cinq éoliennes peuvent en effet fournir l’électricité pour 12 000 habitants.»

Commentaires des internautes
pioton guy - le 15/06/2009 à 08:54
Bon Jour,

Outre le fait avéré et tous les jours démontré que l'"éolien industriel " est une véritable arnaque à l'échelle Nationale,
A-t-on seulement songé que dès que le massif forestier médocain sera truffé de ces "moulins à vent" les avions de défense contre l'incendie auront les pires difficultés pour intervenir sur les feux de forêt, car il faut savoir, que pour contourner l'obstacle de l'enquête publique, le promoteur de l'éolien en Aquitaine, VALOREM à été faire des propositions d'implantation de machines directement aux propriétaires forestiers, en les alléchant avec des promesses de rentabilité personnelles nettement supérieures à la rentabilité de l'exploitation forestière!
Si cette démarche ne relève pas de l'arnaque, de quoi s'agit-il?
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