Soulac-sur-Mer - N°86 - Février/Mars 2008

Créateur de vieilles pierres

Passionné par l’architecture soulacaise, Louis Arnould a mis au point des briquettes de parement quasiment identiques à celles ornant les villas anciennes de la commune, afin de permettre aux propriétaires de les restaurer dans les règles de l’art.

 

«Mélita, c’est ma vie.» Les yeux brillants de plaisir, Louis Arnould jauge sa soulacaise. A vrai dire, elle n’a plus vraiment grand-chose à voir avec la maison qu’il a achetée en novembre 1999. Entre ses mains, elle semble avoir rajeuni…

Bordelais d’origine, le quinquagénaire vient en vacances dans la commune «depuis 1956». Passionné de patrimoine, il craque pour son architecture si particulière. Alors quand, il y a une dizaine d’années, l’opportunité d’acquérir une villa ancienne se présente, il n’hésite pas. La modeste demeure ne paie pas de mine, usée par les années et guère adaptée pour accueillir une famille de quatre personnes. Mais au premier coup d’œil, l’homme décèle les promesses qu’elle recèle. «Elle appartenait à une vielle dame. A la première visite, je lui ai dit que je la prenais. On a topé et l’affaire a été conclue.» Dans un monde de paperasses, Louis Arnould ne jure que par la parole. D’ailleurs, «la parole vaut l’homme ou l’homme ne vaut rien», aime-t-il à répéter…

Durant plusieurs mois, il se transforme en super ouvrier du bâtiment, passant d’un corps de métier à l’autre, pour réagencer à son goût le ventre de Mélita. Il met tout à nu, refait une charpente, aménage des chambres, un large salon, une cuisine pratique, une salle de bains aux notes marines. Il installe un escalier et des chiens assis sur le toit pour créer une nouvelle pièce à l’étage : la chambre du marin…

Mais si les travaux intérieurs sont conséquents, c’est surtout pour l’extérieur qu’il rencontre des difficultés. Elles ne sont pas réellement techniques, puisqu’il se fait assister d’un tailleur de pierre professionnel et suit avec dévotion les conseils de Olivier Lescorces, «le monsieur patrimoine de la commune». Non, les difficultés qu’il rencontre sont d’un autre ordre. Sa maison étant située en ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager), il ne peut pas faire n’importe quoi. Cela lui convient très bien sauf qu’il est «contraint d'utiliser des matériaux qui n’existent plus». Plus personne ne fabrique en effet les fameuses briquettes rouges qui parent les soulacaises d’origine. Les propriétaires désireux de rénover leurs façades doivent se tourner vers des briquettes industrielles dont les dimensions ne correspondent pas aux standards locaux et dont les couleurs uniformes donnent un aspect aseptisé aux plus belles villas. Louis Arnould refuse d’en arriver à cette extrémité. Une chance pour lui, une villa est démolie non loin de là, et il peut récupérer les anciennes briquettes pour la restauration de la sienne. Reste que la question le taraude. Amoureux de son cadre de vie, il ne se résout pas à voir peu à peu les soulacaises alentour perdre de leur superbe, faute de matériaux adéquats. Il décide donc de se lancer dans la fabrication des briquettes traditionnelles.

Durant un an et demi, il travaille d’arrache-pied, prenant conseil auprès de Michel Marty, adjoint au chef du service départemental de l’architecture et du patrimoine de la Gironde, et de Yves Dubedat, adjoint à l’urbanisme de la commune. Après deux essais infructueux, son troisième produit est accepté : la Soul’arcs 331 est née. «Cette briquette de placage en terre cuite mesure 240 mm de long, 55 de large et 18 d’épaisseur. Elle possède deux côtés arrondis pour la goutte d’eau et son aspect est granuleux ce qui lui donne son côté authentique.»

La Soul’arcs 33 a été utilisée lors de l’agrandissement de la villa Jean-Roger, en centre-ville. A l’œil nu, il est impossible de faire la différence entre les briquettes d’origine et les nouvelles… Soucieux de réaliser un projet de qualité, l’architecte en charge de la réhabilitation de la villa La Hutte en front de mer (JdP n° 85) devrait également faire appel à la création de Louis Arnould.

Outre la briquette rouge de base, celui-ci réalise des briquettes céramiques aux couleurs anciennes comme on en voit sur certaines soulacaises. Dernièrement, c’est dans la création de cartouches pour nommer les maisons qu’il s’est lancé en s’associant à une graphiste. «Et je mène actuellement des travaux de recherche dans le but de réaliser des cabochons en céramique en forme de fleur pour décorer les pignons des maisons.»

L’amour des vieilles pierres chevillé au corps, il espère ainsi participer à «l’embellissement du patrimoine». Cette qualité lui a d’ailleurs été reconnue à la fin de l’année 2007. L’association des propriétaires de villas anciennes de Soulac et la municipalité lui ont en effet remis la médaille de la sauvegarde du bâti ancien pour la restauration de Mélita…

 

1 Louis Arnould est à la tête d’une petite entreprise multiservices baptisée Arcs (Arnould rénovation conseils services). Renseignements 06 87 16 39 59

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