Carcans-Maubuisson - N°90 - Octobre/Novembre 2008

Polémique autour d'une résidence

Vive la forêt et l’Association pour l’environnement et la défense de Carcans-Maubuisson contestent le permis de construire d’une résidence hôtelière en bordure du canal du Montaut.

 

med90-8ar.jpgL’endroit est certainement l’un des plus calmes de la station. Dans cet espace en bordure du canal du Montaut, en contrebas de l’avenue de Maubuisson, le silence est seulement troublé par le clapotis de l’eau et le chant des oiseaux. Mais sous cette carte postale idyllique couve en fait une véritable poudrière.

A cet endroit s’érigeait il y a quelques années le restaurant La Bécassière. Au début des années 2000, Pierre-Marc Boutitie, un ancien industriel bordelais qui possède une maison de famille depuis de nombreuses années dans la commune, le rachète avec le projet de construire un hôtel à sa place. Après avoir rasé le bâtiment, il dépose un permis de construire pour une résidence hôtelière en 2005. Immédiatement, Vive la forêt (VLF) et l’Association pour l’environnement et la défense de Carcans-Maubuisson (AEDCM) déposent un recours contre le projet. «Pour nous, ce permis était en totale infraction avec la loi Littoral», explique Dominique Gisson, présidente de VLF.

Le 25 octobre 2007, le tribunal administratif rend sa décision. La requête des associations est rejetée et le permis accordé. «Ce dossier n’a pas été jugé sur le fond, regrette Dominique Gisson. Il a été rejeté pour vice de forme.» Un regret partagé par Pierre-Marc Boutitie. «J’aurais préféré un jugement sur le fond. Au moins il n’y aurait plus de polémique.» Car malgré cette décision de justice, l’affaire est loin d’être terminée.

Le 20 juin dernier, Pierre-Marc Boutitie dépose un permis modificatif. «Je ne suis pas promoteur dans l’âme. Lorsque j’ai fait les plans de ma résidence hôtelière, j’ai pensé à ce qui me plairait en tant que client d’un tel établissement : de très grands appartements. Je n’avais pas pensé au fonctionnement. Mais le futur gestionnaire m’a conseillé de réaliser des appartements plus petits, donc moins chers à la location, pour assurer le remplissage.» C’est tout l’objet de ce permis modificatif : abaisser la taille des appartements de 100 m² à 40 m² pour les plus grands. Dans l’opération, le promoteur reconnaît que le nombre d’appartements augmente en conséquence, passant de 32 à 43. Mais il estime également avoir fait «un geste vers les associations». En effet, il a réduit la taille globale du bâtiment «de 438 m²» et procédé à «un recul de huit mètres par rapport au lac».

Il ne comprend donc pas pourquoi les deux associations ont à nouveau déposé un recours contre cette nouvelle mouture. «Maintenant que le premier permis est passé devant le tribunal administratif, il est inattaquable. Ainsi, si le permis modificatif est refusé, je peux tout de même construire le premier projet qui est plus imposant. Cette action des associations me paraît illogique.»

Evidemment, VLF et l’AEDCM n’ont pas la même vision des choses. «Selon nous, les préconisations de la loi Littoral sont toujours bafouées, estime Brigitte Dupeyron, présidente de l’AEDCM. Cette dernière précise que, dans la bande des cent mètres, on peut seulement rénover les constructions existantes ou démolir et reconstruire dans des proportions identiques. Ce qui n’est pas du tout le cas ici. Nous ne pouvons donc pas cautionner ce deuxième projet, même si le promoteur estime avoir fait des "efforts".» Dominique Gisson va même plus loin. Pour elle, «il ne s’agit pas d’un permis modificatif mais d’un nouveau permis. Non seulement le nombre de logements augmente considérablement, mais en plus le projet est toujours en infraction avec la loi Littoral. Nous ne pouvons pas accepter des constructions de ce type en bord de lac.»

Pierre-Marc Boutitie ne décolère pas. «J’aime ce pays, j’y vis désormais à l’année. Je n’ai pas envie de le défigurer. Mon projet, tout en bois, s’intègre parfaitement dans l’environnement.» D’autres semblent le penser puisque le promoteur a fait passer une pétition dans la commune sur laquelle il dit avoir recueilli quelque six cents signatures. «J’en suis à l’ultime stade des négociations avec les associations. Si elles persistent dans leur action butée, je retirerai le permis modificatif et réaliserai le permis initial», prévient-il. «S’il le fait, nous verrons…», répond Dominique Gisson, qui semble avoir quelques «armes juridiques» en réserve. Le feuilleton est loin d’être terminé.

 

Photo :

Le promoteur estime que son projet s'intègre parfaitement à l'environnement. VLF et l'AEDCM le voient en infraction avec la loi Littoral.

 


Ce qu’en pense le maire

 

Dans ce dossier, Henri Sabarot se range clairement dans le camp du promoteur. «Dans le plan d’occuaption des sols, cette zone est constructible pour un usage commercial. C’est pourquoi les permis de construire ont été accordés. Quant à la loi Littoral, la limite des cent mètres ne s’applique pas dans les zones urbanisées, ce qui est le cas ici. Je ne suis pas un maire bétonneur de la côte. Nous avons toujours des leçons à prendre en matière d’environnement, mais il faut savoir protéger notre littoral intelligemment, sans en faire un sanctuaire. L’équilibre est difficile à trouver mais les associations sont un peu trop maximalistes en allant à l’encontre de l’intérêt général. En attaquant le permis modi-ficatif, elles vont contraindre le promoteur à réaliser un projet plus important et moins adapté à la réalité économique. Je ne comprends pas leur acharnement.»

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