Vins - N°87 - Avril/Mai 2008

Les primeurs vivement critiqués

La campagne des primeurs du millésime 2007 s’est fait remarquer cette année par de virulentes critiques à son encontre. Une sommité bordelaise estimant que le vin est pris en «otage».

 

Sans atteindre la folie des millésimes 2000 et 2005, la campagne des primeurs 2007 qui s’est déroulée du 30 mars au 4 avril a encore attiré cette année dans les différents vignobles girondins plusieurs milliers de dégustateurs. Acheteurs, négociants, journalistes, etc., ils étaient 4 700 accrédités par l’Union des grands crus (UGC), principal maître d’œuvre de cette opération, sans compter les participants du «festival off». Unique au monde, le système bordelais de pré-vente (les vins ne seront livrés qu’à la rentrée 2009), précédé de ces marathons de dégustations, est néanmoins remis en cause sur son aspect spéculatif. Une fois de plus ce sont les Anglais qui ont tiré les premiers, notamment Jancis Robinson et Stephen Brook, tous deux très critiques à l’égard du système. Ils ne sont plus les seuls. «On va s’amuser avec 2007, car ce millésime est franchement mauvais. Les Bordelais peuvent raconter ce qu’ils veulent. Vont-ils essayer de nous vendre des bouteilles à 500 euros pièce ? S’il y a une morale dans ce monde du vin, tous les plus grands devraient repasser en dessous des 100 euros», déclarait sans ménagement Alain-Dominique Perrin à la Revue des Vins de France en février. Venant de l’ex-pdg de Cartier et vigneron à ses heures (domaine de Lagrezette en Cahors), cette attaque en règle a franchement déplu, le président de l’UGC, Patrick Maroteaux, invitant son collègue à plus de retenue et à venir goûter le 2007 «sérieusement».

Mais ce n’est pas tout. Une voix autorisée, s’il en est, s’est élevée à son tour en mars dernier pour dénoncer le système. «Folie» et «désastre pour le vin», tels sont les termes employés par Jean-Claude Berrouet dans la revue Decanter à propos des primeurs. «A partir du moment où cela devient un produit financier, ce n’est plus du vin, nous avons pris le vin en otage, il faut le libérer», déclare cet œnologue basque réputé dans le monde entier pour avoir vinifié 44 millésimes de Petrus. Récemment parti à la retraite, l’ancien directeur technique du célèbre domaine de Pomerol se lâche. Il estime que la campagne des primeurs, «création médiatique», a pour effet de rendre les vins «les plus séduisants possible de plus en plus tôt au détriment du style Bordeaux». Pour Jean-claude Berrouet, il y a tromperie sur la marchandise : «Les vins avec des implants de silicone retiennent toute l’attention ce qui est une honte car ils ne sont pas souvent les plus attrayants.» Pour décapants qu’ils soient, ces propos n’auront sans doute que peu d’influence sur la suite des évènements qui consistent en la fixation des prix. La parité euro/dollar devrait être cette année le critère déterminant.

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