Le Verdon-sur-Mer - N°100 - Juin/Juillet 2010

Et un, et deux, et trois oiseaux

Chaque année, depuis 26 ans, de mars à mai, la Ligue pour la protection des oiseaux observe les migrations prénuptiales à la Pointe de Grave.


med100-22ar.jpgQu’il pleuve ou qu’il vente, que le soleil se fasse cuisant ou que le thermomètre affiche des températures réfrigérantes, ils sont là. Week-end et jours fériés compris. Durant trois mois, du 1er mars au 31 mai, toujours par deux, les «spotteurs» de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ont campé du lever au coucher du soleil sur la dune de la Pointe de Grave. Malgré les équipements que chacun ne manque pas d’apporter (lunettes, chapeau, gants, tubes de crème solaire...), la vie au grand air laisse des traces. Engelures et coups de soleil sont le lot de ces patients scrutateurs d’horizon... en plus d’un confort somme toute assez sommaire. Un simple banc en bois accueille les observateurs. Quant aux sanitaires, ils sont à quelques dizaines de mètres en contrebas, sur l’esplanade de la Victoire. Seule la vue, époustouflante sur l’océan devant et l’estuaire derrière, offre une compensation méritée aux sentinelles de la LPO. «Si on n’est pas passionné, on ne le fait pas», avoue Cécile Lemarchand, observatrice permanente de l’association. Mais elle l’est.
«Le site d’observation du Verdon est un point stratégique depuis 26 ans, révèle-t-elle. En provenance d’Afrique ou d’Espagne, les oiseaux qui vont nicher suivent la côte ou buttent sur l’estuaire, ce qui fait de ce lieu un point de concentrations importantes.» Les fous de volatiles peuvent voir ici une «belle diversité» de ce qui se fait en bêtes à plumes. En mars, il y a beaucoup de canards, d’oies et de grues. En avril, vient le temps des passereaux. En mai, les tourterelles des bois, les loriots et les bondrées sont présents en abondance. Tout au long des trois mois, on observe également des rapaces (milans noirs, faucons, circaètes, busards), des oiseaux marins (goélands, cormorans), des cigognes...
«Notre rôle consiste à les identifier et à les compter», reprend Cécile Lemarchand. Pas facile quand on sait qu’une centaine d’espèces différentes passent au-dessus de la tête des spotteurs. Pourtant l’exercice ne semble leur poser aucun problème. «On identifie les espèces à la vue, au cri ou aux allures de vol. Pour les passereaux, c’est à l’œil nu. Pour les rapaces, à la jumelle.» A l’aide de compteurs relevés toutes les heures (le bleu pour les martinets, le vert pour les hirondelles fenêtres, le rouge pour les hirondelles rustiques et le noir pour les hirondelles rivages), les observateurs recensent les spécimens qui se déplacent en nombre. Pour les espèces plus solitaires, une marque sur une fiche de comptage fait l’affaire. Et il n’y a pas de quoi s’ennuyer, surtout entre le 10 avril et le 10 mai, période pendant laquelle les concentrations d’oiseaux sont les plus importantes. Le dimanche 2 mai, journée record de la saison, 70 000 volatiles ont été recensés entre le lever et le coucher du soleil1...
«Ces données permettent de comparer d’année en année les effectifs des espèces, d’améliorer les connaissances des comportements migratoires, d’observer les décalages dans le pic migratoire et les réponses des oiseaux aux changements climatiques.» D’où la nécessité de faire également, heure par heure, un relevé météo précis : visibilité, direction et force du vent, nébulosité.
Pour aider les permanents de la LPO dans leur travail (Cécile Lemarchand et Guillaume Peplinski pour cette campagne), des observateurs bénévoles se relaient à leurs côtés. Aujourd’hui, c’est Moana Grysan qui est de la partie. Les oiseaux, il connaît puisqu’il travaille comme bagueur pour un centre ornithologique. Mais étrangement nul besoin d’avoir la moindre connaissance en la matière pour assister les permanents de la LPO. «C’est ouvert à tout le monde, confirme Cécile Lemarchand. Il suffit d’avoir une paire de jumelles. Même si les gens n’y connaissent rien, ce n’est pas grave, ils nous aident quand même en nous prévenant quand ils voient arriver un vol, en prenant des notes...» Et l’apprentissage est rapide. «L’œil se fait vite à l’observation, affirme Moana Grysan. En une ou deux semaines, les néophytes sont capables de reconnaître les espèces les plus communes.» Avis aux amateurs pour la campagne de mars à mai 2011...

* Toutes les données recensées par les observateurs de la LPO sont mises à jour quotidiennement sur le site internet www.migraction.net.
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